Le monitoring continu pendant l'accouchement : ce qu'il faut savoir

Le monitoring continu est souvent présenté comme indispensable pendant l'accouchement. Pourtant, pour les grossesses à bas risque, il existe des alternatives qui respectent mieux la physiologie et ta liberté de mouvement. On t'explique tout.

Sommaire de cet article

Qu'est-ce que le monitoring continu pendant l'accouchement ?

Le monitoring, aussi appelé cardiotocographie ou CTG, est un dispositif médical qui surveille simultanément le rythme cardiaque de ton bébé et tes contractions utérines pendant le travail.

Deux capteurs sont placés sur ton ventre à l'aide de sangles élastiques :

  • Le premier enregistre les battements du cœur fœtal

  • Le second mesure la fréquence et l'intensité de tes contractions

Les données sont transmises en temps réel sur un écran ou imprimées sur un tracé papier que l'équipe médicale interprète tout au long de ton travail.

Monitoring continu ou intermittent : quelle différence ?

Il existe deux approches distinctes de surveillance pendant l'accouchement, et le choix entre les deux a un impact majeur sur ton expérience.

Le monitoring continu

La surveillance est permanente, sans interruption. Tu restes généralement connectée aux capteurs pendant toute la durée du travail, ce qui enregistre chaque battement de cœur et chaque contraction.

Cette approche est souvent recommandée dans certaines situations :

  • Déclenchement artificiel du travail

  • Péridurale

  • Facteurs de risque médicaux (diabète gestationnel, hypertension…)

  • Fièvre pendant le travail

  • Antécédents obstétricaux particuliers

Le monitoring intermittent

La sage-femme écoute le cœur de ton bébé à intervalles réguliers (toutes les 15 à 30 minutes pendant la phase active) à l'aide d'un Doppler ou d'un stéthoscope obstétrical.

Entre ces écoutes, tu es totalement libre de tes mouvements. Tu peux marcher, t'accroupir, te balancer sur un ballon, prendre une douche…

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Haute Autorité de Santé (HAS) recommandent le monitoring intermittent pour les grossesses à bas risque, car il permet une plus grande mobilité et réduit les interventions inutiles.

Les limites du monitoring continu : ce que dit la science

Si le monitoring continu peut sembler rassurant, les données scientifiques nuancent fortement son usage systématique.

Pas de bénéfice démontré pour les grossesses à bas risque

Une large revue Cochrane de 2017 analysant plus de 37 000 naissances a conclu que le monitoring continu ne réduit pas la mortalité périnatale ni les complications graves pour les bébés en bonne santé, comparé à la surveillance intermittente.

L'étude de Politi et al. (2023) confirme ces résultats : pour les grossesses sans facteur de risque, le monitoring continu n'apporte pas de bénéfice supplémentaire en termes de sécurité.

Une augmentation des interventions médicales

En revanche, cette même recherche démontre que le monitoring permanent augmente significativement :

Pourquoi ? Parce que le tracé du monitoring génère des "faux positifs" : des anomalies apparentes qui ne reflètent pas une vraie souffrance fœtale, mais qui conduisent à des interventions par précaution.

L'impact sur la physiologie de la naissance

Le monitoring continu présente aussi des inconvénients physiologiques majeurs :

La restriction de mouvement : Rester allongée ou semi-assise pendant des heures empêche ton bassin de s'ouvrir naturellement. La gravité ne peut plus aider ton bébé à descendre, et la douleur devient souvent plus intense.

Le stress et l'environnement médicalisé : Être connectée à une machine, entendre les bips, voir les courbes… tout cela peut augmenter ton niveau de stress, ce qui perturbe la sécrétion d'ocytocine (l'hormone clé du travail) et ralentit la progression.

La cascade d'interventions : L'immobilité rend les contractions plus douloureuses, ce qui peut mener à la péridurale, laquelle nécessite alors un monitoring continu obligatoire et une perfusion d'ocytocine… Un cercle qui s'éloigne de la physiologie.

Le rôle essentiel de l'accompagnement et de la préparation

Face à ces enjeux, être bien informé·e et accompagné·e fait toute la différence. Et cela ne concerne pas que toi : ton·ta partenaire a un rôle fondamental à jouer.

Pendant le travail, tu seras plongée dans tes sensations, concentrée sur ton corps et ton bébé. C'est précisément à ce moment-là qu'une présence solide, informée et bienveillante devient précieuse.

Un·e partenaire préparé·e peut :

  • Rappeler tes souhaits et ton projet de naissance à l'équipe médicale

  • Poser les bonnes questions sur la nécessité d'un monitoring continu

  • Suggérer des alternatives (monitoring intermittent, capteurs sans fil)

  • T'encourager à bouger, à changer de position, à suivre ton instinct

  • Créer un cocon rassurant qui favorise la sécrétion d'hormones bénéfiques

Cette préparation transforme le rôle du·de la partenaire : de spectateur·rice à gardien·ne actif·ve de la naissance physiologique que vous désirez. N'hésite pas à lui transmettre le défi audio Gardiens de la Naissance.

Le rôle du partenaire est fondamental dans l'accouchement médicalisé

Alternatives et solutions pour préserver ta mobilité

Même si un monitoring continu est proposé, plusieurs options peuvent te permettre de bouger davantage.

Le monitoring sans fil (télémétrie)

Certaines maternités disposent de capteurs Bluetooth qui transmettent les données sans câble. Tu peux alors marcher librement dans la salle, aller aux toilettes, t'accroupir…

Renseigne-toi auprès de ta maternité sur la disponibilité de cet équipement.

Les pauses de surveillance

Si ta grossesse est à bas risque et que tout se passe bien, tu peux demander des pauses régulières dans la surveillance continue pour te lever, bouger, aller sous la douche.

Négocier un monitoring intermittent

Si aucun facteur de risque n'est présent, tu peux discuter avec l'équipe de la possibilité d'un monitoring intermittent dès le départ, conformément aux recommandations de la HAS et de l'OMS.

Les positions compatibles avec le monitoring

Même avec des capteurs filaires, tu n'es pas obligée de rester allongée sur le dos :

  • Assise sur un ballon

  • À quatre pattes (avec des coussins)

  • Sur le côté

  • Semi-assise avec le dossier du lit relevé

Comment aborder le sujet avec ton équipe médicale

La clé réside dans le dialogue et la co-construction de ton projet de naissance.

Avant l'accouchement :

Le jour J, ton/ta partenaire :

  • Rappelle tes souhaits dès l'arrivée en salle de naissance

  • Demande les raisons médicales précises si un monitoring continu est proposé

  • Reste ouvert.e au dialogue : certaines situations nécessitent réellement une surveillance rapprochée

L'attitude à adopter : ni confrontation, ni soumission passive, mais une coopération bienveillante et informée. Les équipes médicales respectent généralement les demandes argumentées et cohérentes.

À retenir sur le monitoring continu

  • Le monitoring continu n'est pas toujours nécessaire et présente des limites pour les grossesses à bas risque

  • La surveillance intermittente est recommandée par l'OMS et aussi sûre pour les accouchements physiologiques

  • La restriction de mouvement peut impacter négativement ton travail et augmenter les interventions

  • Des alternatives existent : monitoring sans fil, pauses, positions variées

  • Une bonne préparation de ton·ta partenaire renforce votre capacité à défendre vos choix

FAQ : Vos questions sur le monitoring continu

Le monitoring continu est-il obligatoire pendant l'accouchement ?

Non, le monitoring continu n'est pas obligatoire pour toutes les naissances. Pour les grossesses à bas risque, la surveillance intermittente est recommandée par l'OMS et la HAS. Cependant, certaines situations médicales (péridurale, déclenchement, pathologies) peuvent justifier un monitoring permanent.

Puis-je refuser le monitoring continu ?

Oui, tu as le droit de refuser un acte médical, y compris le monitoring continu. En revanche, il est important de comprendre les raisons pour lesquelles il est proposé et de peser les risques. Un dialogue ouvert avec l'équipe permet généralement de trouver des compromis (surveillance intermittente, monitoring sans fil).

Le monitoring intermittent est-il sûr pour mon bébé ?

Oui. Les études scientifiques, notamment une revue systématique publiée par Cochrane en 2017, démontrent que la surveillance intermittente est aussi sûre que le monitoring continu pour les grossesses sans facteur de risque, avec même moins d'interventions médicales inutiles.

Quelles positions puis-je adopter avec un monitoring continu ?

Même avec des capteurs filaires, tu peux te mettre sur le côté, à quatre pattes, assise sur un ballon, ou semi-assise. Évite simplement de rester allongée sur le dos, position qui peut ralentir le travail et compresser des vaisseaux sanguins importants.

Comment convaincre ma maternité de me laisser bouger pendant le travail ?

Prépare un projet de naissance clair, cite les recommandations officielles (OMS, HAS), et discutes-en lors de tes consultations prénatales. Le jour J, ton·ta partenaire peut rappeler tes souhaits et poser les bonnes questions à l'équipe.

Le monitoring continu augmente-t-il vraiment le risque de césarienne ?

Oui, les études montrent une augmentation d'environ 20% des césariennes avec le monitoring continu, principalement due aux "faux positifs" sur les tracés qui conduisent à des interventions préventives non nécessaires.

Mon partenaire peut-il vraiment jouer un rôle pendant l'accouchement ?

Absolument. Un·e partenaire bien préparé·e peut te soutenir physiquement, défendre tes souhaits auprès de l'équipe, et créer un environnement rassurant qui favorise la physiologie de la naissance. Cette préparation est trop souvent négligée alors qu'elle fait une vraie différence.

Toutes les maternités disposent-elles du monitoring sans fil ?

Non, malheureusement toutes les maternités ne sont pas équipées de système de télémétrie. Renseigne-toi auprès de ta maternité lors des visites prénatales pour connaître les équipements disponibles.

Sources scientifiques et références

  • Organisation mondiale de la santé (OMS)Intrapartum care for a positive childbirth experience, 2018

  • Haute Autorité de Santé (HAS)Surveillance du rythme cardiaque fœtal pendant le travail, Recommandations de bonne pratique, 2020

  • Alfirevic Z, Devane D, Gyte GM, Cuthbert A (Cochrane Review)Continuous cardiotocography (CTG) as a form of electronic fetal monitoring (EFM) for fetal assessment during labour, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017

  • Politi S, et al.Intermittent auscultation versus continuous electronic fetal monitoring in low-risk pregnancies: A systematic review and meta-analysis, European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology, 2023

  • Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF)Recommandations pour la pratique clinique : Surveillance fœtale continue et intermittente, mise à jour 2021

  • Devane D, et al. (Cochrane Review)Cardiotocography versus intermittent auscultation of fetal heart on admission to labour ward for assessment of fetal wellbeing, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017

  • Simkin P, Ancheta RThe Labor Progress Handbook: Early Interventions to Prevent and Treat Dystocia, 4ème édition, Wiley-Blackwell, 2017

Photos : Stephen Andrews / Unsplash, Hannah Barata / Pexels

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